Définition :
Le savon est le produit d’une rĂ©action entre une base (soude ou potasse) et un corps gras. La rĂ©action produit deux autres corps : le savon et sa glycĂ©rine. Le savon vendu depuis plusieurs dĂ©cĂ©nnies (sauf le vrai savon de Marseille), ne mĂ©rite plus cette appellation, car il est reconstituĂ© Ă partir de particules (bondillons ou copeaux de savons) dĂ©glycĂ©rinĂ©s.
Le vrai savon :
De par sa compostion (eau + graisse) très proche de celle de l’Ă©piderme et sans prendre en compte sa frĂ©quence d’utilisation, le savon a une relation très intime et une action importante sur la peau. Qu’est-ce que le savon ? La formule est simple : huile + soude = savon + glycĂ©rine. C’est la crĂ©ation de glycĂ©rine pendant la saponification (rĂ©action du mĂ©lange eau + graisse + soude) qui confère au savon ses propriĂ©tĂ©s hydratantes et qui en font un vĂ©ritable produit de soin. Par contre, ce procĂ©dĂ© n’est pas industrialisable et les vrais savonniers (ceux qui saponifient) sont moins d’une dizaine en France. L’opĂ©ration dure une heure et il faut acquĂ©rir un bon tour de main. Alchimiste? non, plutĂ´t cuisinier… Alors, que diriez-vous d’un boucher vous vantant son entrecĂ´te « Ă la viande » ? Et pourtant on achète des savons « Ă la glycĂ©rine » et plus personne n’est lĂ pour relever le plĂ©onasme. La vĂ©ritĂ© est compliquĂ©e : ce savon a Ă©tĂ© dĂ©glycĂ©rinĂ© par rĂ©alitĂ© Ă©conomique puis reglycĂ©rinĂ© pour faire joli sur l’Ă©tiquette. CompliquĂ©, mais Ă©conomiquement logique. Pour l’histoire, il faut remonter Ă la fin de la Monarchie, un monopĂ´le se crĂ©e Ă Marseille avec une fabrication qui devient industrielle. Leblanc dĂ©couvre le moyen de fabriquer de la soude industrielle et le procĂ©dĂ© va devenir un des piliers de la RĂ©volution industrielle. On peut ainsi faire du savon dans des cuves de 20 tonnes, l’opĂ©ration dure une semaine et la glycĂ©rine passe dans l’eau. On sait ensuite la sĂ©parer de l’eau et la vendre Ă part. Trois cents ans après, ce sont de grosses usines en Malaisie qui par des procĂ©dĂ©s bien amĂ©liorĂ©s produisent ce savon dĂ©glycĂ©rinĂ© et vendent cent fois plus cher la glycĂ©rine aux laboratoires de pharmacie… et Ă©ventuellement un peu Ă des savonniers bien avisĂ©s, qui ne sachant plus saponifier mais conscients de l’importance de cet « ingrĂ©dient », en ajoutent sur le savon « reconstituĂ© » pour avoir le droit de l’inscrire sur l’Ă©tiquette. Les procĂ©dĂ©s de fabrication ont Ă©tĂ© oubliĂ©s et les savonniers ne saponifient plus. On utilise des bondillons, savon en paillettes incolores, inodores, arrivant par container. Le savonnier français reconstitue son savon dans la couleur qui vous convient, avec l’odeur qui vous convient, sous la forme qui vous convient. Il peut d’ailleurs ĂŞtre « bio », artisanal (on malaxe Ă tous les Ă©tages), 100% vĂ©gĂ©tal (l’huile de palme ou de coprah vient encore d’un arbre non synthĂ©tique). Par dĂ©finition, le savon ainsi obtenu est agressif puisque sĂ©parĂ© de sa glycĂ©rine protectrice. Conscient de son action dĂ©capante, certains fabricants qui ont certes « oubliĂ©s » les mĂ©thodes de fabrication traditionnelle mais ont cependant une conscience professionnelle ont trouvĂ©s la solution : le savon Ă©tant agressif, il faut faire du savon sans savon… après avoir enlevĂ© la glycĂ©rine, on supprime le savon, et voilĂ un nouveau slogan qui fait la fortune de nouvelles industries. Le savon est un tensioactif (composĂ© qui modifie la tension superficielle entre deux surfaces, qui permet au savon de laver) il faut donc, une fois qu’il est Ă©liminĂ© lui trouver un remplaçant afin que le savon sans savon garde son pouvoir lavant. Par chance les dĂ©rivĂ©s du pĂ©trole proposent aujourd’hui une large gamme de tensioactifs que l’on peut retrouver dans nos savons, shampooings, crèmes, laits etc… Le savon est donc devenu un produit dĂ©capant et agrèssif, on ne dit d’ailleurs plus « maitres savonniers » et bien que les petites histoires et anecdotes soient diffĂ©rentes, le constat est identique pour tous les cosmĂ©tiques, savons, crèmes et autres : une formule unique : beaucoup d’eau, un peu de tensioactif, une goutte de colorant et de parfum. Les principes actifs ont Ă©tĂ© relĂ©guĂ©s en dernière place dans les formules et en première place sur l’Ă©tiquette, il ne reste d’ailleurs plus que l’emballage qui change… parce qu’on le veut bien…


